Ruelle du hameau

Situation générale

Depuis 1968, quelques amis regroupés en SCI, restaurent les maisons d'un hameau situé dans les Alpes de Haute-Provence, sur la commune de Beaujeu.

Une trentaine d'années plus tard, les travaux effectués ont permis de sauver l'essentiel des maisons, et de faire du hameau de Boullard autre chose qu'un amas de ruines.

Il n'existe actuellement à Boullard aucune activité agricole autre que le pacage épisodique de bovins.

Il y a une quinzaine d'années, la source qui alimentait le village a été captée par la commune en vue de permettre d'assurer l'alimentation en eau potable d'autres lieux de la commune.
Ceci a constitué une première approche de "viabilisation" du site.
Mais cela a aussi permis à la Mairie de supprimer la fontaine du hameau, qui fonctionnait depuis des temps immémoriaux et servait aux promeneurs et aux bêtes. Depuis, l'auge se décompose lentement.

Le reste de la fontaine

Situation foncière

Il existe douze bâtisses sur le site :
- la famille Viola, pour une maison non viabilisée et inhabitée, une grange et des terrains
- Madame Delphine Rozand, pour deux maisons connexes en partie habitées et des terrains
- la SCIHB, pour six maisons habitées, la chapelle et des terrains
- Monsieur et Madame Péquignot, pour une maison habitée
- les familles Ginéfri-Oulion, pour des terrains
- la commune, pour des terrains

Les poteaux s'avancent

 

Un projet fou...

La Mairie poursuit un projet depuis de nombreuses années: apporter la magie de la fée électricité à la population.
Des travaux d'approche ont donc commencé. Certes il ne s'agit pas de lignes à très haute tension susceptibles de mobiliser toute une région, comme ce fut le cas dans les Pyrennées. Mais cela risque de se faire malgré tout contre la volonté de l'écrasante majorité des habitants.

Il nous semble évident que seules des bâtisses pourvues d'eau sont susceptibles d'avoir un besoin d'électricité.
Compte tenu du refus formel de la SCI et de la famille Péquignot, la maisonnette de Madame Rozand (au sud) constitue donc la seule opportunité pour cet investissement. Mais la famille Viola peut vouloir, et c'est légitime, viabiliser la maison à l'entrée du village (au nord). C'est à ce jour la seule hypothèse plausible de mise en service de l'électricité dans le village.

Elle concernerait des maisons dont les premières, érigées sans permis, sont une atteinte au site et la dernière est inhabitée depuis plus de soixante ans...
S'agit-il d'une opération de viabilisation (?) et de valorisation de terrains en dehors des maisons existantes?
A ce jour les propriétaires des maisons habitées ont pu satisfaire les besoins d'électrification par les technologies récentes (panneaux solaires) beaucoup moins onéreuses et permettant de préserver l'intégrité du site.

Un coût disproportionné

En l'absence d'informations et de transparence, toutes les hypothèses sont plausibles. Il nous serait utile d'avoir confirmation ou non de celle-ci. Bien sûr le budget de la commune n'est pas concerné.
Mais l'impact sur les impôts payés par les propriétaires et habitants de la commune est certain de façon directe ou indirecte. Le financement est fait par le Syndicat Intercommunal d'Electrification dans le cadre d'un Projet de Développement Rural. L'investissement se composerait d'une subvention de l'Union Européenne pour 80%.
Il est tentant de vouloir profiter de subventions européennes que l'on n'a pas l'impression de payer ou de l'apport du S.I.E qui n'est pas directement pris sur des feuilles d'impôts...

Cette subvention européenne aurait pour but d'aider l'agriculture par le financement de projets d'extension d'un réseau électrique préexistant servant aux besoins de celle-ci. Si c'est le cas, le projet d'électrification de Boullard commence à manquer de clarté et frise l'interprétation hasardeuse, car:
- il n'y a pas de besoin agricole nécessitant l'électricité
- il n'y a pas de réseau préexistant qu'il faudrait renforcer ou étendre

La maison de berger de Blayeul est certainement plus nécessiteuse et conforme aux objectifs d'une aide de ce type. La commission européenne a bien tenté (en vain) de recenser les vaches corses subventionnées.
Elle ne serait pas en manque de travail dans la chasse aux déclarations approximatives.

Une ruelle, un poteau...

Depuis trente ans nous préservons et entretenons le site, tant par l'emploi scrupuleux des matériaux d'origine dans la restauration des maisons, que par le débroussaillage et l'entretien des chemins communaux.
Le site est utilisé par les chasseurs (Beaujeu-La Javie) et des randonneurs.
Toute atteinte au site devrait donc tenir compte de l'avis de ces personnes.

Seul un besoin économiquement prouvé pourrait justifier une approche dirigiste et non concertée.
Ce n'est pas le cas à ce jour. Qu'en pense par exemple la Société de Chasse de Beaujeu?
Nous croyons savoir que les poteaux et les lignes aériennes s'arrêteraient au nord du village.
C'est déjà dramatique si l'on considère l'impact sur le paysage de la ligne de Blayeul et de son extension récente vers Piogier.
Les poteaux seront-ils en bois afin d'atténuer l'impact?
La tension électrique est-elle compatible avec un partage des supports entre EDF et France Télécom?
Ou bien va-t-on avoir deux lignes hideuses?

L'exemple du poteau téléphonique posé en plein milieu du village, sans concertation et alors que d'autres solutions plus esthétiques étaient possibles nous incite à la plus grande prudence. Mais au delà de l'arrivée au nord, qui peut croire à un projet d'enfouissement des lignes dans le village? Vers quelles maisons? A quel coût ? Sur quel budget? Le manque d'informations et de concertation ne peut qu'accroître la crainte de toute personne attachée à la préservation et la beauté du site.

Blayeul Blayeul vers le haut...

Le mont Blayeul a déjà fait l'objet d'une atteinte irréparable. Il fallait il y a vingt ans, permettre aux vallées des environs d'obtenir une image T.V. satisfaisante. L'arrivée des satellites doit vraisemblablement rendre obsolète cet équipement, mais le mal est fait. Il vaut mieux regarder en bas, que vers le haut...

Conclusions

Blayeul vers le bas...

Ce projet ne correspond pas à un besoin des maisons habitées. Il n'y a pas d'exploitation agricole qui justifie l'allocation d'une subvention spécialisée. Il se pourrait qu'il ne s'agisse que de la viabilisation de terrains en prévision d'opérations peu probables et non clairement définies ou avouables.

Il nous apparaît extraordinaire, si c'est bien le cas, que l'électrification d'un hameau des Basses Alpes puisse s'effectuer à l'encontre du souhait de ses habitants sous le prétexte d'une subvention octroyée à Bruxelles en vue de favoriser l'agriculture.