article publié dans Vol Moteur n° 58 (janvier 1991)
Blois est connu, rassemblement oblige....
Quelques membres du club, parmi les plus actifs, ont décidé cette année
d'organiser non pas la réception, mais l'évasion...
Du début
Courant avril, l'idée est lancée. Sigismond, instructeur fédéral, et
Jacques, vieux routier de l'ULM, surnommé "feu follet" pour des raisons
inavouables, passent quelques soirées à nous concocter un circuit de 2000 km
pour le mois d'août.
Invitations adressées à tout ce qui peut voler dans les environs de Blois,
c'est une douzaine de volontaires qui se font connaître.
A part nos deux organisateurs, dont les heures de vol se comptent en centaines,
et Hervé Rousseau déjà confirmé, le reste de la troupe n'a à son actif que les
habituels vols locaux et quelques dizaines d'heures.
S'entraîner
Avant de se lancer effectivement dans ce qui semble être un défi pour
beaucoup, il apparaît donc indispensable de s'assurer de la capacité de tous à
tenir la distance.
Quelques week-end de mauvais temps, des contraintes diverses, empêcheront
jusqu'au mois de juillet d'effectuer un entraînement commun dont le but est
simple: obtenir une hélice d'argent.
Enfin, le 1er juillet, rendez-vous à 7h30 sur l'aérodrome du Breuil. La biroute
accuse une raideur et une inclinaison telle, sous un plafond qui disperse
quelques gouttes de pluie, que l'accord général est vite acquis pour retourner
en ville prendre un petit déjeuner réconfortant. Merci à Agnès pour les gâteaux
réparateurs.
Le 8 juillet rebelotte. On prend les mêmes et on recommence. Presque tout
d'ailleurs puisque le plafond ne dépasse pas 150 mètres. Seule différence, le
vent d'ouest semble moins fort. Quelques hésitations, et l'on décide de partir,
quitte à raccourcir le trajet.
Envol.... dans le coton, car le plafond est bas, très bas. Heureusement, la
Beauce est peu accidentée, et si voir dans les nuages la centrale de Saint
Laurent est impossible, la rater en suivant le cap demanderait une mauvaise
volonté.
A Lailly en Val, nous décidons de raccourcir, le vent étant encore
important.
C'est donc une montée vers Santilly et un retour vers Blois, via Lailly, qui
constituera le menu de la journée, soit 180 km. C'est peu, mais les conditions
n'étaient pas bonnes. Et une hélice de bronze....
Le 14 juillet, la météo semble correcte. Le soleil est de la partie. Le vent
est moyen, peut être même aussi fort que la semaine précédente, mais peu
importe car la confiance est là.
Alain, qui préfère un dessin sommaire, à une carte, fera bien un détour par
l'aérodrome de St Denis, pour atteindre la plate-forme de St Benoît. Loulou,
qui peine avec son chariot JPX dans un vent important, abrégera le retour
depuis Santilly, mais le reste de l'équipe bouclera sans difficulté majeure le
circuit de 300km.
Et une hélice d'argent.....
Se compter
Oui mais, 7 jours de suite la même fatigue, et en plus long pour les
accompagnateurs, ce ne serait plus des vacances. Il faut donc raccourcir, afin
de ne pas risquer de transformer en épreuve ce qui doit avant tout demeurer une
détente.
Ce ne sera donc pas la ruée vers l'est initialement prévue, mais une ballade -
et non une vadrouille comme d'aucun le prétendront - de 1400 km vers le
sud-ouest avec remontée par la côte atlantique. Du tourisme aérien, entre
copains, avec le plaisir de faire connaissance des pilotes des régions
traversées et de mieux nous connaître.
Un parcours de principe est adopté, des contacts sont pris et nous nous
engageons à nous retrouver le 15 août au départ du Breuil.
9 appareils seront au rendez-vous. Hervé, le beauceron, et Sigismond volent
sous une Quartz 18 avec un GT-Bi équipé d'un 503. Guy, le libériste de longue
date, récemment converti aux ailes motorisées, utilise une Striker, un peu
ancienne mais volant bien, avec un chariot maison équipé d'un 477.
Pascal, Jacques, Alain, Frank, Joël et Marc, volent sous des Midi 16 ou 18,
avec des chariots divers. Jacques utilise un 482, Frank un 477, Alain un WV
avec une hélice enfin adaptée, les autres un 503.
Quatre véhicules nous accompagneront en se chargeant du ravitaillement des
mécaniques et de la troupe qui au matin du 15 août compte 16 personnes. En plus
des pilotes, Monique et ses enfants Frédérique et Stéphan, Annick, Michel, le
fils de Marc, Eric, le frère de Frank, Pierre, dit Papy, le père des deux.
Bernard, pilote partageant le même appareil qu'Alain, nous rejoindra en cours
de route à Balanzac tandis que Joël et Annick nous quitterons à
mi-parcours.
15 août: tout le monde est là, à l'heure. La météo
non.
Un vent fort de sud-ouest nous amène de vilains nuages noirs qui nous inspirent
guère. En temps normal, personne ne serait venu sur le terrain. Mais renoncer
aujourd'hui, c'est peut être ne pas partir demain. On y va.
Du Breuil à Tours-Sorigny, il n'y a que 61 kms, mais avec le vent et la pluie,
il nous faudra en moyenne 1H45 pour rejoindre cette halte. Frank, motorisé plus
faiblement ne tient pas la distance et doit se vacher pour refaire le plein.
Sur le taxiway, une rafale surprend Marc dont l'appareil se couche sur
l'aile.
J.P. Leddet nous accueille à bras et hangar ouverts, nous invitant à attendre
une amélioration météo. Nous y passerons la journée, puis la nuit.
Cela permet à Marc de démonter son aile qui heureusement n'a subit aucun dégât,
et à tous de revoir pour la nième fois Rio Bravo à la télé..... C'est mal
parti.
16 août: plafond à 300 mètres, vent moyen, météo indécise.
Le psy commence à flancher, certains parlant de rentrer à la maison. Gonflette
du moral effectuée par notre instructeur unique et préféré, nous partons.
Moins d'une heure plus tard, à Châtellerault, sous un ciel qui se dégage et sur
un terrain complètement désert, aucun regret: le sud vire au bleu.... sous
l'action d'un vent bien présent. Petite pause, puis départ en n'oubliant pas de
jeter un oeil au passage sur le champ de bataille où en 732 Charles Martel.....
C'est du vol culturel, bien préparé par Jacques.
Une heure après, nous voici à Couhé-Vérac, chaleureusement accueillis par toute
l'équipe de pros.
Restaurés, nous attendons l'accalmie d'un vent qui depuis le début de notre
équipée semble vouloir s'opposer à nos projets.
Jacques, qui commence à s'impatienter, saisit la première opportunité pour
s'échapper, bientôt suivi de Guy et plus tard d'Hervé. Le reste de l'équipe,
sur le point de partir, demeure bloqué par un vent qui augmentant soudain,
tantôt plaque les appareils, tantôt manque de les retourner.
Durant l'attente, un appel nous parvient. Jacques, qui s'est présenté le
premier sur la plate-forme de St Sornin, s'est laissé surprendre par la
configuration des lieux (bordure de bois et de maïs haut) et les turbulences
qui en résultent avec la chaleur et le vent. Bilan, son aile est brisée et lui
même, nous ne le saurons que le lendemain, souffre d'une triple fracture au
poignet.
En fin d'après midi, tout le monde étant regroupé, nous nous installons pour le
bivouac, en bénéficiant de la sympathie des pilotes locaux, de M. Chauvin en
particulier.
Le repas du soir sera triste. 190 km ont été effectués.
17 août: enfin le beau temps, et peu de vent. Petit débat
pour savoir si l'autonomie des appareils peut nous permettre d'atteindre
Sarlat. Pilotes de plaine, nous voyons les premiers reliefs et tous, sauf
Hervé, préfèrons passer par les voies initialement prévues.
Pour faciliter la progression des moins autonomes, nous prévoyons une halte à
Nontron. Guy parti en avance, lenteur oblige, dérive un peu, se vache pour se
renseigner et nous rejoint bon dernier. Zéro pointé pour tous, car chacun, peu
habitué au relief, s'est systématiquement posé, ou n'a été arrêté qu'au dernier
moment par une âme charitable, dans le sens de la pente! Je peux vous garantir
qu'avoir l'impression de faire du toboggan avec son ULM, ça craint..
Direction Condat sur Vézere, aérodrome en dur, style altiport, logé sur une
croupe, au nord de Sarlat. Il paraît que seuls les moutons s'égarent. Alain et
Marc doivent sérieusement bêler...
Navigation préparée sur la 233 de Michelin, point d'aboutissement en limite de
carte, vent de travers et dérive importante mal maîtrisée, soudain le paysage
ne ressemble plus à la carte.
Comme il est peu probable que la D704 soit passée à 4 voies du jour au
lendemain, et que la carte qui peut dire quelle est la grosse agglomération
là-bas est bien rangée dans le sac.... d'une voiture, la solution la plus
simple est la vache, avec quelques hésitations quand même, car les parcelles
sont petites et souvent occupées par de vrais ruminants.
Remis sur la bonne voie par des gens très accueillants - c'est le premier ULM
vu dans le village - Marc rejoint Sarlat via Condat à 15 heures.
Alain, lui prend goût à ce qui s'apparente au butinage, et de vache en
vache,(essence, apéro, pause pipi, piste privée d'un château) arrive
tranquillement à 15h30.
Hervé ne comprend pas, lui qui attend tout le monde depuis 10h30....
Joël et Annick nous quittent comme prévu.
Via Fumel, aérodrome curieux et désert, nous atteignons Montpezat dont
l'activité fébrile assure le contraste.
Accueil chaleureux. Gîte assuré et repas reconfortant.
250 km d'effectué, c'est une bonne journée.
18 août: direction Libourne. La piste en dur, c'est réservé
aux ULM. L'autre morceau, la bande gazonnée, c'est le parking. Petite pause et
l'on repart pour Montendre, petit aérodrome dans la forêt au nord de
Bordeaux.
Accueil sympathique de la part des pilotes. Boissons fraîches assurées au bar
de l'aéro-club. Repas pris et sieste effectuée - on n'est pas aux pièces, non ?
- départ en direction de Balanzac.
Un contact préalable avait été pris avec les responsables d'Airculture, mais
retard de la poste, nous nous trouvons sans indications sur la situation exacte
de la piste et de son approche. En agrandissant le cercle des recherches, le
terrain est finalement trouvé, mais pas la bonne approche d'un terrain un peu
rude. La qualité de l'accueil vaut 3 ailes au Gault et Millau de l'ULM s'il
existe un jour.
Un méchoui est en préparation. Nous sommes immédiatement invités à passer la
soirée dans une ambiance très sympathique. L'hésitation sera de courte durée,
car si le temps est au beau, et certains souhaitent rejoindre rapidement
l'Atlantique, le fumet de l'agneau et l'insistance de nos hôtes emporte
rapidement l'adhésion. L'étape se termine donc à 190 km
19 août: petite journée en vue. Cap au nord, vers Fontenay
le Comte où le chef pilote prévenu ne fait aucune difficulté pour accueillir
nos pendulaires.
Survol du marais vendéen à 1500 mètres -ce n'était pas utile mais ne troublons
pas le parc régional- et en une heure de vol nous voici à Fontenay. La matinée
est déjà bien avancée et quelques pompes à l'entrée de la piste ont tendance à
faire monter des appareils que l'on voudrait voir atterrir.
Frank, qui a fait quelques détours, se pointe en dernier, alors que le reste de
l'équipe est intrigué par la présence de la gendarmerie de l'air en bordure de
piste. Ce n'est en fait qu'un contrôle de routine, consistant à vérifier
l'identification de l'appareil et le brevet du pilote. Frank s'y soumet de
bonne grâce après quelques instants d'inquiétude. Il est déconseillé de se
pointer à l'aérodrome des Sables d'Olonne, où semble-t-il, l'importance du
trafic en cette période estivale, rend la présence d'ULM indésirable.
Peu enclins à chercher les ennuis, nous décidons d'aller à La Tranche sur Mer,
qui dispose d'une piste accueillante. Le parcours sera chahuté, car des pompes
nombreuses nous attendent tout au long du vol. A la demande des
accompagnateurs, qui commencent à accuser la fatigue de leurs heures de
voiture, nous décidons une pause d'une journée, qui permettra à tous de
profiter du repos et de la plage. Petite étape de 130 km.
20 août: intuition ? Coup de chance ? Au
matin, c'est le vent, un plafond bas et un peu de pluie qui nous attend au
réveil.
Nous ne serions de toutes façons pas partis aujourd'hui. Un peu d'amélioration
dans l'après midi permet quelques vols locaux de détente.
21 août: direction Bouin. Un peu plus d'une heure de vol
dans un air calme et frais, puis l'attente du ravitaillement en essence. Alain
se serait-il perdu avec la Jeep? Avec une heure de retard, le voici qui se
pointe avec une bourriche d'huîtres et une bonne bouteille. Nous ne connaîtrons
pas les raisons du retard, mais chacun apprécie ce casse-croûte un peu
particulier.
Direction Frossay. Le vent s'est levé. Pour une fois il nous est favorable,
même si parvenu au terrain du Club des Sans Bornes nous constatons que la
biroute ne sait pas se contenter d'une seule direction et s'agite tel un moulin
à vent. A nouveau un accueil chaleureux. Repas, repos puis envol vers
Damgan.
Ce coup-ci plus de doutes, le vent est bien défavorable.
Ce petit bout de terrain serait-il la piste? 200 mètres entre deux haies, c'est
en effet ce à quoi nous avons droit, et avec un vent de travers. Plus
d'angoisse cependant pour ceux qui, déjà posés, voient les copains freiner au
maximum pour s'arrêter sur la distance.
Nous avons là aussi droit aux boisons fraîches offertes par les animateurs de
cette plate-forme sur laquelle la foule des candidats au vol d'initiation se
presse avec enthousiasme.
Nous nous sentons cependant un peu à l'étroit, et après quelques discussions
nous partons en direction de Ploermel.
Une heure pour atteindre le petit aérodrome de Loyat, longue piste en herbe
nichée en haut d'une colline. Notre visite est attendue, car Jacques, rentré à
Blois, suit notre progression et s'enquiert de notre avancée. 220 km effectués
et repos dans le calme d'un camping municipal complètement désert.
22 août: plafond bas. Vent contraire. On
commence à être habitués. Dinan, dont le chef pilote nous attend, est atteint
rapidement mais sans trop de plaisir car le ciel est triste.
Départ vers St Méloir des Ondes, en contournant la CTR de Dinard. Le ciel
dégagé, permet d'apprécier le paysage et le vol. Plateforme de trois axes,
tolérante et accueillante aux pendulaires. Quelques jours auparavant c'est la
TransUlm qui est passée par là, et le journaliste local qui nous voit arriver
est surpris de l'intense activité ULM de ce petit terrain.
Restaurés, certains vont faire quelques vols locaux, tandis que d'autres se
contentent de l'habituelle sieste.
Vers 16 heures, envol en direction du Mont Saint Michel, quelques tours pour le
voir sous toutes ses faces, puis cap sur Mayenne. Le retour commence.
A nouveau, accueil plus que chaleureux à l'aéroferme d'Aron, siège de
l'activité du club Mayenne ULM. Camping en bordure de piste, mais grillade
partie en commun à la ferme. Engagement, non tenu, de nous lever pour la
traite, nous nous couchons tard après une petite journée de 190 km.
23 août: dernier jour, où nous espérons enfin un vent
favorable, puisqu'il soufflait du nord-ouest la veille.
Hervé, qui veut rentrer directement vers Chartres nous quitte en solitaire.
Décollage au calme pour les six appareils restant, mais pour peu de temps. Un
vent d'est se lève, dont la conséquence, plus que de nous freiner, sera surtout
de nous secouer quelle que soit l'altitude adoptée.
1h15 de galère en moyenne avant d'atteindre La Flèche, dernière halte avant
Blois. Et l'on attend à nouveau une accalmie qui ne se présente pas. Vers 17
heures, ça semble acceptable.
Montée d'adrénaline pour Marc dont le moteur a quelques hoquets au décollage et
près de deux heures de vol pour rejoindre Blois pourtant situé à seulement 91
km. Frank et Guy, toujours contraints par leur autonomie insuffisante devront
se vacher pour refaire un plein, mais peu après 19 heures, tout le monde se
retrouve dans notre environnement familier de Blois.
170 km et beaucoup de fatigue pour cette dernière étape.
A la fin
En moyenne, chacun d'entre nous aura fait 27 heures de vol.
Mais ces heures là ne sont en rien comparables à celles de nos tours de piste
ou régionaux. Sortis de notre environnement et de nos habitudes, nous avons dû
adapter notre pilotage à des conditions inconnues de nous jusqu'alors.
Même si celles-ci ne sont pas comparables avec les épreuves des compétitions
sportives ou des raids, elles nous ont fait progresser. Nous savons maintenant
naviguer, non sans erreurs certes, mais avec assurance, sans avoir les repères
de notre région.
Les hésitations devant un vent important, les turbulences ou une météo peu
propice ont disparus. Notre domaine de vol s'est donc élargi.
En relation fréquente les uns avec les autres, mais de façon superficielle
jusqu'alors, nous nous connaissons maintenant davantage.
Enfin, que ce soit sur les plate-forme ULM ou sur les aérodromes, nous avons
toujours eu un excellent accueil.
Aucune animosité de la part des "vrais pilotes", qui pour certains ont
découvert en voyant notre randonnée, que l'ULM permet non seulement de voler
mais aussi de se déplacer et de faire du tourisme aérien.
Le coût est à la portée de tous. en dehors de l'essence (dont le prix
augmentait chaque jour) qui a représenté environ 1700 francs par appareil, les
9 jours nous sont revenus à 1000 francs par personne.
Peut-on espérer moins cher?
L'organisation enfin reste légère et est facile à monter. Unanimement, nous
remettrons çà.
Faites de même!